C’est si simple qu’on serait presque passé à côté. A l’heure des mails, slacks, tweets, snap et autres Whatsapp, l’invective digitale n’a jamais été si présente dans nos quotidiens. Derrière ces moyens de communications, une lucarne sur un lien entre les individus jamais distendu, séparés de quelques mètres ou à l’autre bout de la planète. Et si derrière se cachaient les responsables d’un isolement de plus en en plus prégnant ?

Qu’est-ce que l’agilité ? Non, ce n’est pas un des sujets du baccalauréat de philo de cette année, mais une question que se posent tous les managers en entreprise afin de mettre à disposition des salariés, une organisation du travail qui leur correspond.

En filigrane, un vœu, louable : celui de faire correspondre le monde du travail à la vie des travailleurs, et non l’inverse. Changement de paradigme puissant après des siècles passés à penser le contraire, voici venu le temps d’inverser les rôles.

Sur cette toile se dessine un éventail large de possibilités de dématérialisation des échanges. Et si l’échange est dématérialisé, alors la présence physique n’a plus raison d’être, le Rubicon est franchi : la voie est libre pour le télétravail et ses promesses d’un quotidien meilleur.

Flexibilité, organisation personnelle du travail, temps de transport réduits à la distance entre la chambre et le bureau sans risque de malaise voyageur sur le trajet, et en prime, la possibilité de participer à des « calls » en pyj’. Si on devait représenter le paradis en 2019, les peintres dessineraient à coup sûr un télé-travailleur.

Entre distance virtuelle et isolement réel :

Derrière ce miroir aux alouettes, se cachent des maux qui sévissent, dans les rangs des télétravailleurs particulièrement car il en exacerbe les effets, mais également chez tous les habitués de l’open-space : l’isolement.

C’est d’ailleurs paradoxal car on estime aujourd’hui que 7 salariés sur 10 échangent avec plus de 10 personnes par jour, et que les open-spaces regroupent 82% des salariés du tertiaire*. Pourtant, interrogés sur le sentiment d’adhésion aux équipes de l’entreprise, 59% des répondants estiment se sentir seuls. 3 personnes sur 5. Belle ambiance.

Un résultat encore plus regrettable lorsque l’on sait que dans 7 cas sur 10, un isolement au travail conduit à un départ dans les 5 ans et que dans le top 5 des bonnes raisons de venir au travail, on retrouve, sur la première marche du podium … Oui, vous l’avez : La vie sociale avec ses collègues. Comprenez, le sentiment d’appartenance à un groupe. L’inverse de l’isolement en somme.

Preuve supplémentaire, s’il en fallait encore une pour se convaincre, parmi les 5 raisons principales de se rendre au travail, données par les répondants de l’étude Ifop, 4 ont trait au social : « travailler plus efficacement » dans 40% des cas, « travailler en commun sur des projets » et « faire pleinement partie d’une équipe » pour 39% des sondés.

 

La crainte de l’isolement, une bonne raison pour se retrouver :

Reste une interrogation à ce stade : que faire de ces constats qui semblent aller à rebours des convenances habituelles sur la flexibilité ?

On identifie, on comprend et on avance.

On identifie tout d’abord. Si on estime que 3 personnes sur 5 se sentent isolées (selon les résultats présentés plus haut) alors il y a de fortes chances que vous ayez quelques cas dans votre entourage direct.

Certains signes doivent vous mettre sur la piste pour un autodiagnostic ou celui d’un collègue : tendance à moins tutoyer ses collègues, à travailler le plus clair de son temps avec des écouteurs, à ne pas prendre part aux discussions d’open-spaces qui rythment les journées, à ne pas s’inscrire dans un projet de groupe et à se limiter à des échanges d’ordre professionnel avec ses collègues. Ces signes, conjugués ensemble, trahissent une mise à l’écart, volontaire ou subie, qu’il est important de combattre.

On comprend d’abord que le contact humain est le rempart numéro 1 contre l’isolement et que dans 77 % des cas (toujours selon le même sondage Ifop), l’échange en face à face est plébiscité face aux échanges digitaux.

On comprend également que les relations humaines ne se comptabilisent pas sur la même échelle que les relations digitales. Si pour certains l’épanouissement personnel se mesure en fonction du nombre « d’amis » ou « d’abonnés » sur les réseaux sociaux, le monde professionnel sait se contenter d’un volume réduit. Très réduit même : une quinzaine de personnes.

Au-delà, le sentiment d’être noyé sous les demandes et les informations devient contreproductif.

Il y a évidemment la théorie, et la pratique. Dans la pratique, vos collaborateurs ont envie de cette journée de télétravail hebdomadaire pour des raisons qui les concernent, de travailler uniquement avec des écouteurs sans pour autant que le midi ils ne soient pas pleinement intégrés à l’équipe lors des déjeuners au restaurant d’entreprise.

Puisque prévenir vaut quand même mieux que guérir, voici deux bonnes pratiques à mettre en place pour maintenir un lien si fondamental entre les membres de votre équipe :

Organiser des moments d’échanges dans l’équipe

Pas une réunion sur un sujet, pas un moment de détente où l’on parle du match de la veille et du dernier épisode de la dernière série à la mode. Juste un moment où chacun partage ses projets du moment, sollicite l’avis des autres, et met en avant son travail. L’occasion de faire un point RH sur les départs et les arrivés, d’échanger sur les dernières news de l’entreprise, etc …

La formation, levier indispensable

Pour accompagner, il faut former. Comment bien cloisonner la sphère pro et la sphère perso, comment installer son poste de travail …
L’enjeu est de passer d’un management présentiel à un management de résultat afin de gagner en productivité. Les conditions de réussite : être capable d’instaurer de nouveaux process, de nouveaux modes de contrôle du travail et de développer une confiance mutuelle, pas toujours naturelle pour tous !

* sondage Ifop réalisé pour ParisWorkplace