Un « cloud » de particules fines

Sur l’autel de l’écologie, vous avez sacrifié votre scooter au profit d’un vélo. Vous n’achetez plus que des produits non-transformés via des intermédiaires locaux, avez changé toutes vos ampoules et vous coupez l’eau quand vous vous brossez les dents. Tout cela grâce à vos lectures digitales écolo et échanges sur les réseaux sociaux dans des groupes dédiés. Mais est-ce si bon pour la planète, le digital ? 

On ne va pas ménager le suspense pour rien : non, contrairement aux idées reçues, la vie digitale ne résout pas les problèmes de l’environnement. Première claque. Pis, elle est même responsable d’un volume considérable d’émissions carbonées. Deuxième claque.

Prêt pour le coup de grâce ? La consommation de contenus numériques (articles, vidéos, musiques) serait responsable de 4% des émissions de gaz à effet de serre. Pas énorme selon vous ? C’est plus que ce qu’émet l’aviation civile. Oui, c’est violent.

En 2018, en ne considérant que les vidéos, qui représentent tout de même 80% du trafic mondial, ce sont plus de 300 millions de tonnes de CO2 qui ont été produites et émises. Forcément, YouTube se retrouve en tête de gondole (21% des émissions), mais derrière Netflix et Amazon Prime qui représentent à eux deux, 34% des émissions*, juste devant … les sites pornographiques (27%). On savait déjà que ça rendait sourd, on sait maintenant que ça plombe le climat.

Maintenant que le constat est là, comment agit-on ? On coupe tout et on retourne au minitel ? Pas possible. Stopper les recherches Google qui rejettent en moyenne 7 grammes de CO2 à chaque fois ? Pourquoi pas …

On arrive même à se dire que les prédicateurs de la fin de l’humanité ont peut-être raison, que passer sa journée à scroller sur les internets pour trouver les meilleures pratiques écolo, c’est finalement plus nocif que de climatiser son jardin en période de canicule, et que quoique l’on fasse, tout est foutu. Il n’y a plus qu’à enfiler son sarouel, jouer du diabolo autour d’un feu et attendre sagement la fin.

Ou alors, on jette un petit coup d’œil à notre tour d’horizon des bonnes habitudes à prendre qui ne changent pas grand-chose pour vous, mais qui font la différence pour l’environnement. Vous pouvez aussi lire ces bonnes pratiques en sarouel. Aucun problème.

Prendre de la distance avec les réseaux sociaux

Ce n’est pas qu’on le fasse exprès, mais dès qu’on fouille un petit peu, ces deux-là ressortent souvent : Facebook et Instagram ne doivent plus être un réflexe quotidien. En 2018, 4,75 milliards de contenus ont été publiés quotidiennement sur Facebook. Quotidiennement. Chaque jour. Par an, le chiffre est tellement grand qu’on ne sait pas comment le dire : 1 806,75 milliards. Le PEL de Jeff Bezos.

Instagram, moins populaire mais populaire quand même, tire son épingle du jeu avec ses 95 millions de contenus quotidiens. Associez à cela la très faible durée de vie des contenus sur les réseaux sociaux (environ 5h pour le premier, 24h pour le second), et le fait que ces contenus ne disparaissent jamais et on se rend compte de l’ampleur de la data-tâche : les data centers qui stockent tout cela consomment 3% de l’électricité mondiale.

Alors quoi faire ? Voici 3 éco-gestes pour concilier votre passion de l’hashtag et les ours polaires :

  • Ne pas publier pour publier, et poster quand vous avez VRAIMENT quelque chose à dire. En suivant ce mantra à la lettre, on devrait perdre beaucoup de comptes d’influenceurs/influenceuses … 
  • Régler une alerte sur Instagram pour brider votre consommation quotidienne (réglable dans les paramètres)
  • Apprenez à vivre sans : c’est le plus simple pour sauver la planète finalement.

Les réseaux sociaux ne sont cependant pas les seuls responsables de cette consommation outrancière d’électricité, alors pour régir votre vie digitale, voici 7 bonnes habitudes à prendre. Et c’est un ordre.

Les 7 éco-commandements digitaux 

  • On oublie les onglets

Les 32 onglets ouverts pour « lire plus tard » ne trompent que vous. Le surplus de consommation lui, est bien réel. Donc limitez-vous à ce que vous utilisez vraiment.

  • Taper l’URL de votre destination directement

Vous savez où vous souhaitez aller, et vous savez comment le site s’appelle. Google est un moteur de recherche, mais si vous avez déjà trouvé, inutile de chercher, n’est-ce pas ? Évitez ce détour c’est économiser environ 7 grammes de CO2 émis. Multiplier par le nombre de fois où l’on réalise cette opération. Multiplier par le nombre de personnes qui la font. Bref, go straight. 

Lorsque vous ne connaissez pas l’URL, utilisez Ecosia, Lilo ou Qwant. Ce sont des moteurs de recherche qui respectent votre vie privée et la planète. Et qui vous donne la réponse attendue, aussi, évidemment.

  • Arrêtez avec les mails et les pièces jointes

Vous multipliez les destinataires en copie et les échanges. Mais savez-vous qu’à chaque fois, vous créez de la data à stocker pour rien ? L’ADEME considère qu’1 Mo envoyé, et donc stocké, correspond à 15 grammes de CO2.

Alors on fait le tri dans ses destinataires, dans ses boites mails, et dans toutes les newsletters qu’on reçoit sans lire.

  • Stocker vos photos de vacances en physique

Même topo : les 67 Go de photos mal cadrées que vous avez rangé dans l’album « Costa Brava 2012 » ne flottent pas dans les airs. Ils sont stockés sur des serveurs qui tournent nuits et jours pour conserver des photos que vous ne regarderez JAMAIS.

Que faire ? Enterrer ses albums de vacances dans des disques durs et des clés USB. Puis les égarer.

  • Stop au streaming

C’est sûrement ce qui va être le plus douloureux pour vous, juste après les réseaux sociaux. Le streaming est la synthèse de tous les maux évoqués. Alors on rationnalise et on télécharge. C’est toujours mieux que de ré-écouter 35 fois le même son sur Spotify et donc re-télécharger la data autant de fois.

  • Prenez soin de votre matériel informatique

Premièrement, il coûte une fortune, mais ça vous le savez déjà : l’acquisition d’un nouveau smartphone est une petite mort, alors il a plutôt intérêt à durer longtemps. D’autant plus qu’il renferme des métaux précieux (dont l’extraction est plutôt soumise à polémique mais ceci est un autre débat), qui peuvent être réutilisés. Donc une fois les avoir emmenés le plus loin possible, offrez à vos smartphones et autres laptop une mort décente : dans un bac de collecte où ils seront entièrement recyclés.

  • Éteignez vos écrans 

L’ordinateur et le téléphone portable branchés toute la journée, le deuxième écran en veille toute la nuit … Tout cela représente des consommations électriques inutiles facilement évitables. Notre meilleur conseil : éteignez-les ou débranchez-les quand vous n’en avez plus besoin.

*source : étude The Shift Project, publiée en juillet 2019