La semaine dernière j’ai repris la course à pied et j’ai failli pleurer au bout de 500 mètres. J’avais pourtant couru un marathon il y a dix ans. Depuis, je hante les salles de sport du lundi au vendredi et du haut de mes entraînements j’ai eu la prétention de croire que me (re)mettre à courir serait facile. Pénible erreur et triste spectacle ! J’ai souffert, j’ai fait des pauses, j’ai failli abandonner et pire encore, j’ai failli appeler ça un échec.

Dans une interview récente la coach Ingrid Marchais nous encourageait à arrêter de nous comparer au “je” de nos seize ans ou au “ je” des autres. Ca n’apaise ni le corps ni l’esprit et nous pousse dans des abîmes de tristesse peu fertiles. Se fixer un objectif et s’y tenir est une formidable source de joie mais s’imposer un objectif titanesque et vouloir l’atteindre trop vite c’est se priver de la fierté d’avoir tenu bon face à l’adversité. C’est renoncer à la satisfaction qui découle du progrès et risquer l’abandon par déception et manque de patience.

On valorise trop souvent les victoires en passant sous silence les efforts qu’elles ont coûtés. Mais si d’un coup de baguette magique on me faisait recourir un marathon, j’en serais moins fière que du fait qu’à ma troisième course je n’avais plus envie de pleurer et qu’à ma quatrième j’ai même couru un kilomètre supplémentaire. Je ne suis plus aussi rapide ni aussi endurante qu’il y a dix ans mais je le suis plus qu’il y a deux semaines et ça me suffit. Ce qui compte c’est le progrès et la volonté de continuer.

En ce post-confinement on vous encourage à retrouver le plaisir de bouger librement mais on vous encourage surtout à aller à votre rythme sans jamais penser que vous n’en faites “pas assez”. Sage est celui qui saura dire ce qu’est exactement ce “assez”. Nous on se contentera de votre “mieux”, quel qu’il soit. Passer à côté de la joie c’est passer à côté de tout. C’est R.L. Stevenson qui le dit et je me le répète à chaque fois que mon ambition me fait oublier le chemin au profit de la destination.

Alors chaussez vos baskets, enfourchez vos vélos, plongez dans les vagues, partez en balade ou déroulez le tapis de yoga. Mais quoi que vous fassiez n’oubliez pas d’en être fier.

Par : Raida Rus